Un paysage culturel transformé

Un paysage culturel transformé

S’il y a bien quelque chose à mettre à l’actif du maire sortant Gérard Gazay, c’est d’avoir réussi à transformer le paysage culturel aubagnais. En 5 ans, ce dernier a subi de profondes mutations qui ont à la fois altéré son dynamisme et son rayonnement à l’extérieur.

Il avait promis, souvenons-nous en, un « musée international de la céramique et du santon », une salle de spectacles de 2000 places, une « vraie » médiathèque et une nouvelle MJC. Au lieu de tout cela, la municipalité Gazay a, dès le début de son mandat, procédé à des abandons motivés par le désir obsessionnel de voir disparaître tout ce qui ne correspondait pas à sa vision étriquée de la Culture : la Maison des Jeunes et de la Culture, le festival d’Art Singulier, les Arts de la rue, le Pôle artistique et culturel ont été portés disparus, victimes d’une politique culturelle engoncée dans un régionalisme poussiéreux, repliée sur ses traditions séculaires, et hermétique à d’autres cultures.

L’expression, le débat, la parole, liés à une culture vivante, les formes artistiques qui interpellent, sont les caractéristiques d’une culture que ne supporte pas la municipalité. Les réseaux locaux et nationaux (dispositifs d’accompagnement des groupes de musique locaux, réseau des musiques actuelles, Scènes d’Aubagne, Aubagne Ville Lecture…) ont été ou sont peu à peu anesthésiés. Cloisonnement et isolement sont soigneusement entretenus.
Les budgets affectés à la Culture ayant considérablement baissé – de l’ordre de 30 à 50% – ce qui subsiste est davantage le fait de l’engagement et la résistance des acteurs culturels associatifs ou des agents du service public (Festimôme, Impulsion, Festival d’Avant la Pluie, Place aux Compagnies, Carnaval, 100% Théâtre, Grains de Sel…) qu’au réel soutien de la direction municipale.

La mobilisation des professionnels et des usagers de la Médiathèque municipale au début de l’année 2019 pour dénoncer l’indigence et les manipulations financières du budget 2019 est la parfaite illustration des choix désastreux d’une municipalité qui n’a fait preuve ni de courage ni d’imagination. La Culture n’étant plus considérée à ses yeux comme nécessaire au lien social, elle n’irrigue plus tous les espaces de vie dans la ville.

La municipalité vit sur les acquis d’avant 2014 mais elle les fragilise et les remplace par des formes de manifestations qui s’éloignent d’une culture vivante et populaire et qui confortent une culture de l’entre-soi et du clientélisme.

La culture a perdu ses audaces et son rayonnement à l’extérieur

La question du sens donné aujourd’hui à la Culture a fait l’objet d’un débat lors des ateliers de réflexion mis en place dans la perspective des élections municipales de mars 2020. Il a d’abord été fait ce constat : le service public a abandonné ses responsabilités. Il les délègue de plus en plus au mouvement associatif et à des prestataires comme ADCC (Aubagne Développement Culture et Création). Du coup, il sacrifie et gaspille les compétences en interne (les agents sont mis sur des voies de garage) et les moyens financiers, du moins pour ADCC, accompagnent ces transferts (120.000€).

C’est l’identité culturelle même d’Aubagne qui est altérée et réduite à la seule expression d’un village provençal, avec Marcel Pagnol en tête de gondole pour attirer les quelques touristes de passage, une sorte de « Pagnoland » avec fifres et tambourins en comité d’accueil.

Tout ce qui est entrepris autour de Pagnol, par exemple, se fait selon une approche anecdotique qui veut reproduire ce qui n’existe plus. Fêter la date anniversaire de la naissance de Pagnol au travers d’une manifestation comme « Aubagne en 1895 » est pour le moins incongru. Le regard sur l’œuvre n’est pas revisité. De plus, il y a un certain « enfumage » de la part de la municipalité sur l’importance accordée à Pagnol, qui dit en faire un point de repère fort. Les initiatives en 2019 par exemple ont été pauvres (une création au théâtre, une conférence, un film, une dictée … et l’omniprésence de Nicolas Pagnol, le petit-fils).

Au cours des échanges, l’association Spect’acteurs, nous a fait part de son rapport avec la ville, qui a quasiment fait disparaitre la subvention qui lui était accordée. Une subvention qu’elle consacrait à la lutte contre l’exclusion d’une population locale ne disposant pas des moyens pour participer à l’activité culturelle, en particulier en lui permettant d’accéder aux spectacles. Pour l’association cette mesure est révélatrice des valeurs des uns et des autres : celles des élus et celles des militants de l’association. En signe de protestation elle a rendu la maigre subvention qui lui avait été versée.

L’entrée des artistes ne doit plus être une porte dérobée

L’un des marqueurs de la politique culturelle d’avant 2014 portait sur un accompagnement fort de la création artistique locale (Bourses à la création, suivi des projets, création de lieux dédiés comme La Distillerie, le Pôle artistique …) De ce fait l’organisation de cet atelier, sa préparation, ont naturellement influencé son contenu.
Trois approches ont été faites dans le débat qui ont permis d’introduire le deuxième volet de cet atelier en abordant la question des perspectives à partir desquelles développer un projet.

Faut-il un statut municipal pour l’artiste ? La question peut paraître surprenante. Elle veut pourtant éclairer sur un mode d’accompagnement de l’acte artistique par une collectivité agissante afin de sortir l’artiste de la précarité et d’assurer la permanence de l’art sur le territoire, dans la ville. Le débat sur le sujet n’est pas clos.

Les participants à cet atelier se sont entendus sur la nécessité de créer les conditions pour voir naître une politique culturelle qui repose sur des valeurs d’émancipation, qui réinvestisse l’espace public et qui lutte contre l’exclusion en s’adressant à tous. Ils s’accordaient à dire qu’il fallait laisser de la place à l’initiative et à l’audace, ne pas refaire par principe ce qui a été défait et qu’il sera nécessaire de réinventer la Culture en considérant les atouts dont Aubagne dispose : ses artistes évidemment qui doivent avoir leur mot à dire dans l’articulation des projets mais également le tissu associatif, le département SATIS de l’Université (formation aux métiers de l’image et du son), les équipements culturels, les festivals, la tradition artistique avérée et le potentiel reconnu sont autant d’atouts dont nous disposons pour faire renaître Aubagne.

Si on tente de faire une première synthèse sur laquelle s’appuyer pour proposer un projet municipal, on pourrait la présenter ainsi : redonner du sens à un projet culturel en cohérence avec les territoires, les structures et les dispositifs, revisiter la place de la création et des artistes dans la cité, redonner de la capacité d’intervention au service public et au mouvement associatif. Si la notion de gratuité n’a été abordée que brièvement dans la réunion, elle reste une constante et un héritage qui traverse tous les réflexions.

Le contenu et les conclusions de l’atelier ont été transmis à la commission  « Démocratie et Émancipation » de la liste Rassemblé·e·s pour Aubagne, l’une des trois commissions qui travaillent en ce mois de janvier à l’écriture du programme de la liste. Celle-ci l’a intégré dans ses travaux, elle l’a complété et enrichi par les propositions des participant·e·s. Elle trouvera une concrétisation dans le programme qui sera publié au mois de février.